LES PRINCIPALES OBSERVATIONS DES RAPPORTEURS SPÉCIAUX
I. DES DIFFICULTÉS PERSISTANTES DANS LA GESTION DE L'EAU ET DE L'ASSAINISSEMENT EN OUTRE-MER
A. DES CRISES RÉPÉTÉES DE L'ACCÈS À L'EAU EN OUTRE-MER
La question de l'accès à l'eau constitue un enjeu majeur au quotidien pour les populations ultramarines. Les territoires ultramarins subissent en effet des crises répétées du réseau de gestion de l'eau et de la distribution, en raison tant des contraintes climatiques et géographiques propres, que de la vétusté et de l'insuffisance des infrastructures.
Mayotte a ainsi connu une forte sécheresse en 2023, qui a entrainé une crise importante de l'accès à l'eau. En réponse, des bouteilles d'eau ont été fournies, à hauteur de 3 500 litres d'eau par jour, des bornes fontaines monétiques et des rampes à eau ont été mises en oeuvre et l'eau a été rendue gratuite. Toutefois, cette crise a illustré l'insuffisance des investissements dans le réseau d'eau mahorais, alors que près de 30 % de la population n'a pas d'accès à l'eau potable. De nouveaux travaux de sécurisation de l'approvisionnement en eau potable ont d'ailleurs été engagés dans le cadre du « Plan eau-Mayotte 2024-2026 », qui vise par exemple à diversifier les ressources en eau en finançant une usine de dessalement.
La Guyane connait aussi des contraintes spécifiques en termes d'approvisionnement, puisqu'entre 15 % et 25 % de sa population n'a pas accès à l'eau potable. En effet, certaines populations sont très isolées géographiquement, la densité du territoire étant de 3,4 habitants par kilomètre carré, et il est donc particulièrement difficile de les raccorder au réseau de distribution d'eau potable.
Saint-Martin subit également une contrainte particulièrement forte, puisqu'aucune source d'eau potable n'est disponible à l'état naturel sur l'île. L'alimentation en eau potable est assurée par une usine de dessalement, vétuste et qui a besoin de réinvestissements supplémentaires. Le passage de l'ouragan Irma en 2017 a d'ailleurs entrainé des dégâts élevés, tant sur l'usine de dessalement que sur les infrastructures du réseau de distribution.
En Martinique, les mesures de restriction d'accès à l'eau sont fréquentes, comme par exemple au printemps 2023. Le système d'alimentation en eau potable est souvent mis à forte épreuve pendant les sécheresses, comme en 2019, en 2020 ou encore en 2024.
Des coupures d'eau sont également régulièrement constatées à La Réunion, dans les Hauts de l'île.
Enfin, en Guadeloupe, les « tours d'eau » sont très fréquents, en raison notamment de la faible qualité des infrastructures de distribution d'eau, au point que la préfecture a effectué une réquisition du système de gestion de l'eau et de l'assainissement, à la fois en 2020 et en 2021.
Globalement, dans l'ensemble des territoires d'outre-mer concernés par cette enquête, le réseau de distribution d'eau potable est moins efficient que dans l'hexagone. Ainsi, le rendement du réseau, c'est-à-dire la proportion d'eau consommée rapportée à l'eau potable transportée, est inférieur à la moyenne hexagonale dans l'ensemble des départements d'outre-mer et à Saint-Martin. L'usure et la vétusté des installations entrainent en effet une perte d'eau potable importante dans les réseaux. En particulier, à la Guadeloupe le rendement moyen des réseaux de distribution d'eau potable n'est que de 32 %. Il est de 64 % à la Martinique, ou encore de 64,4 % à La Réunion, alors qu'il est de 83,4 % dans l'hexagone.
Rendement moyen des réseaux de distribution
d'eau potable
dans les départements d'outre-mer et dans
l'hexagone
(en pourcentage)
Source : commission des finances
Des investissements élevés sont nécessaires pour permettre la modernisation des systèmes de gestion d'eau et d'assainissement, afin d'en améliorer la performance et de répondre ainsi aux besoins des populations ultramarines.